Le squat représente la moitié du total d'un compétiteur de street lifting. C'est le mouvement le plus lourd, celui qui occupe le plus de place à l'entraînement, et celui dont on parle le plus. Pourtant, ce n'est pas lui qui départage les athlètes.
Cette analyse porte sur 444 performances complètes, issues de 13 compétitions françaises disputées en 2025 et 2026, et publiées en données ouvertes sur data.gouv.fr. Elle répond à une question simple : de quoi se compose un total, et lequel des quatre mouvements sépare réellement le haut du bas du classement.
| Ce que disent les données | |
|---|---|
| Performances analysées | 444 (validées, quatre mouvements renseignés) |
| Part du squat dans le total | 51,3 % |
| Part du muscle-up dans le total | 4,7 % |
| Mouvement le plus inégal d'un athlète à l'autre | le muscle-up |
| Écart entre le quart supérieur et le quart inférieur, au muscle-up | ×2,47 |
Sommaire
ToggleDe quoi est fait un total
En moyenne, sur les 444 performances analysées, un total se décompose ainsi. Rappelons que les charges indiquées sont des charges additionnelles, ajoutées au poids de corps, sauf au squat où la barre porte l'intégralité de la charge.
| Mouvement | Part moyenne du total | Écart-type | Médiane | Étendue observée |
|---|---|---|---|---|
| Squat | 51,3 % | 5,7 points | 50,4 % | 38,6 à 78,7 % |
| Dips | 27,3 % | 3,3 points | 27,7 % | 13,6 à 35,7 % |
| Tractions | 16,8 % | 2,5 points | 16,9 % | 7,6 à 24,5 % |
| Muscle-up | 4,7 % | 2,1 points | 5,0 % | 0 à 10,2 % |
La hiérarchie ne surprendra personne : le squat mobilise les groupes musculaires les plus puissants et supporte donc les charges les plus lourdes. Les rapports typiques entre mouvements sont d'ailleurs remarquablement réguliers : un athlète soulève en médiane 1,80 fois plus au squat qu'aux dips, 1,63 fois plus aux dips qu'aux tractions, et 3,36 fois plus aux tractions qu'au muscle-up.
Une répartition étonnamment stable
Le fait marquant n'est pas la hiérarchie, c'est sa stabilité. La moitié des compétiteurs place entre 47,2 % et 54,5 % de son total au squat. Pour les dips, l'intervalle se resserre encore : de 25,5 % à 29,4 %.
Autrement dit, il n'existe pas vraiment, en compétition, de profil « spécialiste du haut du corps » opposé à un profil « spécialiste du squat ». Les athlètes se ressemblent beaucoup plus qu'on ne l'imagine dans la façon dont ils construisent leur total. Les cas extrêmes existent, jusqu'à 78,7 % du total au squat, mais ils relèvent de l'exception, souvent d'une performance partiellement manquée sur les autres mouvements.
Ce constat a une conséquence directe : si la répartition varie peu, alors ce n'est pas en changeant sa répartition qu'on progresse au classement. C'est en poussant l'ensemble vers le haut. Reste à savoir où le levier est le plus fort.
Femmes et hommes ne bâtissent pas le même total
La répartition moyenne masque une différence nette entre les deux sexes.
| Mouvement | Femmes (100 perf.) | Hommes (344 perf.) | Écart |
|---|---|---|---|
| Squat | 58,1 % | 49,3 % | +8,8 points |
| Dips | 23,5 % | 28,4 % | -4,9 points |
| Tractions | 14,5 % | 17,4 % | -2,9 points |
| Muscle-up | 3,9 % | 5,0 % | -1,1 point |
Chez les femmes, le squat pèse près de six dixièmes du total, contre à peine la moitié chez les hommes. L'explication tient à la nature des mouvements : aux dips, aux tractions et au muscle-up, l'athlète déplace d'abord son propre corps et n'ajoute qu'un complément de charge, alors qu'au squat la barre porte tout. Les trois mouvements de haut du corps produisent donc mécaniquement des charges additionnelles plus modestes, et cet effet est plus prononcé chez les femmes.
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Le même phénomène se lit à l'intérieur de chaque sexe, catégorie par catégorie.
| Catégorie | Squat | Dips | Tractions | Muscle-up |
|---|---|---|---|---|
| Femmes -52 kg | 54,1 % | 25,3 % | 15,3 % | 5,3 % |
| Femmes -57 kg | 57,2 % | 23,1 % | 15,2 % | 4,5 % |
| Femmes -63 kg | 59,1 % | 23,2 % | 14,3 % | 3,5 % |
| Femmes -70 kg | 61,3 % | 22,3 % | 13,9 % | 2,5 % |
| Hommes -66 kg | 47,6 % | 28,3 % | 18,4 % | 5,8 % |
| Hommes -73 kg | 49,2 % | 28,4 % | 17,3 % | 5,1 % |
| Hommes -80 kg | 48,8 % | 28,2 % | 17,9 % | 5,1 % |
| Hommes -87 kg | 50,3 % | 28,6 % | 16,6 % | 4,4 % |
| Hommes -94 kg | 49,6 % | 28,7 % | 17,2 % | 4,5 % |
| Hommes -101 kg | 53,7 % | 27,5 % | 15,7 % | 3,1 % |
La progression est régulière chez les femmes : de 54,1 % de squat en -52 kg à 61,3 % en -70 kg, pendant que la part du muscle-up est divisée par deux. Chez les hommes, les gabarits légers sont les plus polyvalents, avec 18,4 % de tractions et 5,8 % de muscle-up en -66 kg, contre 15,7 % et 3,1 % en -101 kg.
Rien d'étonnant : plus le poids de corps augmente, plus il devient coûteux de le déplacer, et plus la charge additionnelle des mouvements au poids de corps se réduit en proportion. Le squat, lui, profite du gabarit.
Ce qui sépare vraiment les athlètes
Voici le point central. Peser lourd dans le total et faire la différence sont deux choses distinctes. Pour mesurer la seconde, on décompose l'écart de niveau entre athlètes d'une même catégorie et l'on regarde quelle part de cet écart chaque mouvement explique.
| Mouvement | Part du total | Part de l'écart entre athlètes | Lecture |
|---|---|---|---|
| Squat | 51,3 % | 42,0 % | pèse plus qu'il ne départage |
| Dips | 27,3 % | 30,7 % | départage un peu plus qu'il ne pèse |
| Tractions | 16,8 % | 16,7 % | à l'équilibre |
| Muscle-up | 4,7 % | 10,6 % | départage deux fois plus qu'il ne pèse |
Le squat est le socle commun : tout le monde en fait, tout le monde en fait beaucoup, et les écarts y sont relativement contenus. Le muscle-up, à l'inverse, ne représente qu'un vingtième du total mais explique plus d'un dixième des différences de niveau à gabarit égal. Rapporté à son poids, c'est le mouvement le plus discriminant des quatre.
Le muscle-up, le mouvement le plus inégal
La dispersion des charges le confirme sans ambiguïté. À l'intérieur d'une même catégorie de poids, l'écart relatif entre athlètes vaut :
| Mouvement | Dispersion à gabarit égal |
|---|---|
| Squat | 14,5 % |
| Tractions | 20,7 % |
| Dips | 21,1 % |
| Muscle-up | 56,0 % |
Comparons maintenant le quart supérieur du classement au quart inférieur, athlètes classés selon leur indice de force relative.
| Mouvement | Quart supérieur | Quart inférieur | Rapport |
|---|---|---|---|
| Squat | 206,6 kg | 151,3 kg | ×1,37 |
| Dips | 120,0 kg | 78,9 kg | ×1,52 |
| Tractions | 73,1 kg | 48,9 kg | ×1,49 |
| Muscle-up | 25,6 kg | 10,4 kg | ×2,47 |
| Total | 425,1 kg | 289,4 kg | ×1,47 |
Les meilleurs soulèvent 37 % de plus au squat que les derniers, mais près de deux fois et demie plus au muscle-up. C'est aussi le seul mouvement dont la part dans le total augmente nettement avec le niveau : 6,0 % chez le quart supérieur contre 3,5 % chez le quart inférieur, quand celle du squat recule de 53,3 % à 49,1 %.
Une précision d'honnêteté s'impose. En valeur absolue, l'écart le plus lourd reste celui du squat : 55 kg de différence entre les deux quarts, contre 15 kg au muscle-up. Un kilo gagné vaut un kilo, quel que soit le mouvement. Ce que montrent ces chiffres, c'est que le muscle-up est le mouvement le plus inégalement maîtrisé, donc celui où subsiste, pour la plupart des compétiteurs, la plus grande marge de progression relative.
Ce que cela change à l'entraînement
Trois enseignements se dégagent, à prendre pour ce qu'ils sont : des constats statistiques sur une population de compétiteurs, pas une prescription individuelle.
Le squat reste incontournable, mais il ne suffit pas à se distinguer. Il porte la moitié du total et doit être travaillé comme tel. Simplement, à gabarit égal, la plupart des concurrents s'y tiennent dans un mouchoir de poche. Y consacrer un effort supplémentaire produit un rendement décroissant en termes de classement.
Les dips méritent mieux que leur réputation. Deuxième contributeur au total et deuxième facteur d'écart, ils offrent un rapport intéressant entre le volume d'entraînement investi et les kilos gagnés au total.
Le muscle-up est le mouvement à ne pas négliger. C'est le plus technique des quatre, celui qui demande le plus de coordination, et c'est précisément pour cela que les écarts y sont si grands. Un athlète qui plafonne à 10 kg quand ses concurrents en portent 25 perd bien plus que les 15 kg apparents : il perd la marge de progression la plus accessible de son total.
Ces déséquilibres se corrigent par une programmation qui traite les quatre mouvements comme un système, et non comme quatre entraînements séparés. C'est l'approche que suivent nos programmes d'entraînement de street lifting, construits sur cette logique de total.
Méthode, données et réutilisation
L'analyse porte sur les 444 performances pour lesquelles les quatre mouvements sont renseignés et la performance validée, sur les 497 lignes que compte le jeu de données. Les performances non validées et les feuilles de résultats incomplètes sont écartées, faute de quoi les parts calculées n'auraient pas de sens.
La « part de l'écart entre athlètes » est obtenue en décomposant la variance du total à l'intérieur de chaque catégorie de poids comptant au moins dix performances, puis en moyennant sur les dix catégories retenues. Travailler à l'intérieur des catégories est indispensable : comparer un -66 kg à un -101 kg mesurerait surtout une différence de gabarit.
Les données sources sont librement téléchargeables sur data.gouv.fr, sous Licence Ouverte 2.0, avec leur dictionnaire des variables et le détail des limites de qualité : Street lifting en France, résultats des compétitions 2025-2026. Elles couvrent 13 compétitions, du championnat régional au championnat de France, et les athlètes y sont pseudonymisés.
Pour une présentation de la discipline elle-même, de ses règles et de ses mouvements, voir notre guide complet du street lifting.
