Deux ans séparent les deux derniers championnats d'Europe de street lifting : Dessau-Roßlau, en Allemagne, en novembre 2024, puis Tremblay-en-France, aux portes de Paris, en octobre 2026. Deux éditions organisées par Final Rep, avec les mêmes règles, presque la même grille de catégories et une bonne partie des mêmes athlètes. Une occasion rare de répondre avec des chiffres à une question que tout le milieu se pose : le niveau européen progresse-t-il vraiment, et à quelle vitesse ?
Cette étude compare les 186 performances des deux championnats, essai par essai. Les données sont publiées en accès libre sur data.gouv.fr, pour que chacun puisse vérifier et prolonger l'analyse.
| Les deux éditions en un coup d'œil | ||
|---|---|---|
| Euros 2024 | Euros 2026 | |
| Athlètes engagés | 84 | 102 (+21 %) |
| Nations représentées | 17 | 20 |
| Total moyen, catégories communes | 355,3 kg | 378,7 kg (+6,6 %) |
| Essais réussis | 71,3 % | 72,6 % |
| Meilleur total féminin | 300 kg | 320 kg |
| Meilleur total masculin | 610 kg | 635 kg |
| Médailles françaises | 7 (3 or) | 12 (3 or) |
Sommaire
ToggleUn championnat qui grossit
Premier constat, le plus visible : les Euros attirent davantage. 102 athlètes ont pris part à l'édition 2026, contre 84 deux ans plus tôt, soit une hausse de 21 %. Le nombre de nations passe de 17 à 20, avec l'arrivée notamment de la Suède, de la Croatie, de la Slovaquie et de la Macédoine du Nord.
La croissance vient surtout des hommes, passés de 44 à 59 engagés, quand les femmes passent de 40 à 43. Une partie de cette hausse tient à la nouvelle grille des catégories masculines : la catégorie +94 kg de 2024 a été scindée en deux, -101 kg et +101 kg, ce qui ouvre mécaniquement un podium supplémentaire aux athlètes lourds.
L'Italie reste la délégation la plus fournie au départ en 2024 (16 athlètes), mais c'est la France qui prend la tête en 2026, avec 23 engagés devant l'Italie (21) et l'Allemagne (10). Le fait de recevoir le championnat y est évidemment pour beaucoup, on y reviendra.
Le niveau monte, surtout chez les femmes
Comparer deux championnats demande de comparer ce qui est comparable. L'analyse qui suit porte donc sur les dix catégories identiques aux deux éditions (cinq féminines, cinq masculines, de -66 kg à -94 kg) et sur les seules performances validées.
Le total moyen par catégorie
| Catégorie | Total moyen 2024 | Total moyen 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Femmes -52 kg | 211,2 kg | 234,3 kg | +23,1 kg |
| Femmes -57 kg | 247,6 kg | 239,2 kg | -8,4 kg |
| Femmes -63 kg | 238,6 kg | 281,5 kg | +43,0 kg |
| Femmes -70 kg | 255,6 kg | 275,9 kg | +20,3 kg |
| Femmes +70 kg | 234,1 kg | 268,6 kg | +34,5 kg |
| Hommes -66 kg | 399,3 kg | 430,4 kg | +31,1 kg |
| Hommes -73 kg | 466,7 kg | 473,8 kg | +7,1 kg |
| Hommes -80 kg | 506,7 kg | 486,2 kg | -20,5 kg |
| Hommes -87 kg | 510,8 kg | 528,8 kg | +18,0 kg |
| Hommes -94 kg | 527,7 kg | 548,2 kg | +20,5 kg |
Huit catégories sur dix progressent. Sur l'ensemble, le total moyen gagne 6,6 % en deux ans. Mais la moyenne cache un écart net entre les sexes : +9,4 % chez les femmes (de 238,2 à 260,5 kg) contre +3,2 % chez les hommes (de 478,8 à 494,0 kg).
Les deux reculs s'expliquent par la composition des plateaux plutôt que par une baisse de niveau. En -80 kg hommes, la catégorie passe de 6 à 9 engagés et les deux derniers totaux (435 et 387,5 kg) font plonger la moyenne, alors que les six premiers progressent (510,2 kg en moyenne, contre 506,7 kg en 2024). En -57 kg femmes, une seule performance très incomplète, avec 20 kg validés au squat, tire la moyenne vers le bas : sans elle, la catégorie passe à 258 kg de moyenne, au-dessus de 2024, et la gagnante soulève 31 kg de plus que celle d'il y a deux ans.
Ce qu'il faut pour monter sur le podium
La moyenne dit le niveau général. Le seuil du podium, c'est-à-dire le total de la troisième place, dit ce qu'il faut soulever pour exister au plus haut niveau.
| Catégorie | 3e place 2024 | 3e place 2026 | Vainqueur 2024 | Vainqueur 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Femmes -52 kg | 216,5 kg | 245 kg | 233,75 kg | 261,25 kg |
| Femmes -57 kg | 260 kg | 245 kg | 274,75 kg | 305,75 kg |
| Femmes -63 kg | 248,75 kg | 295,25 kg | 268,75 kg | 318 kg |
| Femmes -70 kg | 266,75 kg | 289,5 kg | 286,25 kg | 291,25 kg |
| Femmes +70 kg | 240 kg | 277,5 kg | 300 kg | 320 kg |
| Hommes -66 kg | 420 kg | 453,75 kg | 434,75 kg | 473,75 kg |
| Hommes -73 kg | 483,75 kg | 487,5 kg | 526,75 kg | 491,25 kg |
| Hommes -80 kg | 505 kg | 512,5 kg | 527,5 kg | 534 kg |
| Hommes -87 kg | 517,5 kg | 540 kg | 584,25 kg | 571,25 kg |
| Hommes -94 kg | 520 kg | 570 kg | 610 kg | 610 kg |
Le seuil du podium monte dans neuf catégories sur dix. Les sauts les plus spectaculaires concernent les femmes -63 kg (+46,5 kg) et les hommes -94 kg (+50 kg) : en 2026, un total qui aurait offert la médaille de bronze en 2024 ne suffit plus à entrer dans le top 3. Les totaux des vainqueurs, eux, évoluent moins régulièrement, ce qui est logique : ils dépendent d'un seul athlète et de sa journée. Xavier Macias signe d'ailleurs exactement le même total gagnant, 610 kg, en -94 kg aux deux éditions.
Le muscle-up, mouvement qui progresse le plus
Les données essai par essai permettent d'aller plus loin que le total et de voir où se sont gagnés les kilos. Voici la charge moyenne validée sur chaque mouvement, toujours sur les dix catégories communes.
| Mouvement | Moyenne 2024 | Moyenne 2026 | Évolution | Femmes | Hommes |
|---|---|---|---|---|---|
| Muscle-up | 20,8 kg | 24,2 kg | +16,4 % | +37,9 % | +6,2 % |
| Tractions | 60,7 kg | 65,1 kg | +7,1 % | +7,7 % | +4,6 % |
| Dips | 96,6 kg | 103,8 kg | +7,5 % | +12,1 % | +3,2 % |
| Squat | 177,2 kg | 185,7 kg | +4,8 % | +6,3 % | +2,2 % |
Le muscle-up est le mouvement qui progresse le plus, et de loin : +16 % en moyenne, près de +38 % chez les femmes, dont la charge moyenne passe de 10,7 à 14,7 kg. Le squat, mouvement le plus lourd, progresse le moins en proportion.
Ce résultat rejoint ce que nous avions observé sur les compétitions françaises dans notre analyse « Anatomie d'un total » : le muscle-up est le mouvement le plus inégalement maîtrisé, donc celui où la marge de progression est la plus grande. À l'échelle européenne, cette marge commence à se combler. Les écarts relatifs restent pourtant faibles en kilos : 3,4 kg de plus au muscle-up, contre 8,5 kg au squat.
Une répartition du total qui ne bouge pas
Malgré ces évolutions, la structure d'un total reste stable : sur l'ensemble des performances validées, le squat représente 51,4 % du total en 2024 et 50,2 % en 2026, les dips 26,7 % puis 27,3 %, les tractions 16,7 % puis 16,8 %, le muscle-up 5,3 % puis 5,8 %. Le squat cède un peu de terrain aux trois mouvements de haut du corps, sans rien changer à l'équilibre général.
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Faire le quiz →Réussir ses essais : les tractions s'envolent, le squat recule
Chaque athlète dispose de trois essais par mouvement, soit douze tentatives par compétition. La part d'essais validés par les juges dit beaucoup de la maîtrise technique et de la stratégie de choix des charges.
| Mouvement | Essais réussis 2024 | Essais réussis 2026 |
|---|---|---|
| Muscle-up | 67,9 % | 70,9 % |
| Tractions | 76,6 % | 82,4 % |
| Dips | 69,4 % | 69,3 % |
| Squat | 71,4 % | 67,7 % |
| Ensemble | 71,3 % | 72,6 % |
Le taux global bouge peu, mais deux mouvements divergent. Aux tractions, plus de quatre essais sur cinq sont désormais validés. Au squat, la réussite recule, et la baisse est nette chez les femmes : 69,2 % d'essais validés en 2024, 63,6 % en 2026. Les athlètes semblent avoir pris davantage de risques sur leurs dernières barres de squat, pour un gain moyen de seulement 4,8 %.
Le taux de performances non validées, lui, est stable : 4 sur 84 en 2024, 5 sur 102 en 2026, soit moins de 5 % dans les deux cas. Au niveau européen, rater totalement un mouvement reste rare.
Ceux qui étaient là deux fois
L'intérêt d'un même championnat à deux ans d'écart, c'est de pouvoir suivre les athlètes. 36 compétiteurs ont disputé les deux éditions. Treize d'entre eux ont changé de catégorie de poids, souvent pour monter d'un cran. Parmi les 22 restés dans la même catégorie et validés aux deux éditions, le constat est clair :
- 17 progressent, 4 reculent, un seul reste au même total ;
- la progression médiane est de +23,75 kg sur le total ;
- par mouvement, la progression médiane vaut +7,5 kg au squat, +5 kg au muscle-up, +4,5 kg aux dips et +2,5 kg aux tractions.
Rapportée au total moyen, cette progression médiane représente environ 6 % en deux ans, du même ordre que la hausse générale du niveau. La hausse du niveau ne vient donc pas seulement de nouveaux venus plus forts : les habitués progressent eux aussi.
Des podiums largement renouvelés
Sur les 36 médaillés de 2026, 17 étaient déjà engagés en 2024 et 13 étaient déjà montés sur un podium. Seuls trois champions conservent un titre européen : Sarah Anyamele en +70 kg femmes, Xavier Macias en -94 kg hommes, et Aubin Chevillard, titré en -73 kg en 2024 puis en -80 kg en 2026. Les neuf autres titres changent de mains.
La France, première nation des Euros 2026
C'est le chiffre qui parlera le plus aux lecteurs français : avec 12 médailles, dont 3 en or, 5 en argent et 4 en bronze, la France termine première nation des Euros 2026, devant l'Italie (7 médailles, dont 3 en or) et l'Allemagne (5 médailles). En 2024, elle comptait 7 médailles, dont 3 titres, derrière l'Italie.
| France | Euros 2024 | Euros 2026 |
|---|---|---|
| Athlètes engagés | 15 (7 femmes, 8 hommes) | 23 (10 femmes, 13 hommes) |
| Part du plateau | 17,9 % | 22,5 % |
| Médailles (or / argent / bronze) | 7 (3 / 1 / 3) | 12 (3 / 5 / 4) |
| Classés dans le top 6 | 12 | 19 |
| Titres européens | Hommes -66, -73 et -80 kg | Femmes -52 et -70 kg, hommes -80 kg |
| Performances non validées | 1 | 4 |
Deux évolutions se dégagent. D'abord, l'or change de camp : les trois titres de 2024 étaient masculins, deux des trois titres de 2026 sont féminins, avec Ludivine Compain en -52 kg et Myriam Chebira en -70 kg. Ensuite, la profondeur : 19 Français dans le top 6 de leur catégorie, contre 12 en 2024.
Il faut cependant lire ces chiffres avec prudence. Le championnat se tenait en France, et une compétition à domicile attire mécaniquement plus d'athlètes nationaux : le nombre de médailles progresse aussi parce que le nombre d'engagés a augmenté de moitié. Le rendement, lui, reste remarquablement stable : environ une médaille pour deux engagés, 7 pour 15 en 2024 et 12 pour 23 en 2026. Les cinq Français présents aux deux éditions dans la même catégorie progressent de 27,5 kg en médiane, un peu plus que la moyenne européenne.
Pour suivre ces athlètes sur la scène nationale, notre jeu de données des compétitions françaises utilise les mêmes identifiants : les parcours peuvent être croisés d'un jeu à l'autre.
Méthode, limites et données ouvertes
Les résultats proviennent de la plateforme Final Rep, organisatrice des deux championnats, et ont été récupérés essai par essai. Contrôle de cohérence : pour chacune des 177 performances validées, la somme des quatre meilleurs essais réussis est égale au total officiel. Les classements nominatifs sont consultables dans nos articles de résultats des Euros 2024 et des Euros 2026.
Pourquoi cette étude ignore le RIS
Le RIS, l'indice qui pondère le total par le poids de corps, semblerait l'outil idéal pour comparer deux éditions. Il ne l'est pas ici : son barème a changé entre 2025 et 2026. À catégorie identique, le rapport entre total et RIS augmente d'environ 17 % chez les femmes et de 3 % chez les hommes. Une même athlète, au poids de corps quasi identique, obtient un RIS de 139,7 pour 337,5 kg en 2025, puis de 113,6 pour 320 kg en 2026. Comparer des RIS d'une édition à l'autre ferait croire à une baisse de niveau qui n'existe pas. Toute la comparaison repose donc sur le total, à catégorie de poids égale.
Les autres précautions
- Deux championnats ne font pas une tendance : un plateau de 8 ou 9 athlètes par catégorie reste sensible à la présence ou à l'absence de quelques noms.
- La nationalité retenue est celle du profil actuel de l'athlète sur la plateforme.
- Le poids de corps n'est pas publié par la source au niveau de l'événement et n'a pas pu être exploité.
Les données en accès libre
Le jeu de données complet est publié sur data.gouv.fr sous Licence Ouverte 2.0 : Championnats d'Europe de street lifting : résultats 2024 et 2026. Il contient les 186 performances, le détail des essais réussis par mouvement et un dictionnaire des variables. Les athlètes y sont pseudonymisés.
Ce qu'il faut retenir
En deux ans, l'élite européenne du street lifting a pris environ 6 % de total, avec une progression deux à trois fois plus rapide chez les femmes que chez les hommes. Les podiums sont plus chers, le muscle-up progresse plus vite que les autres mouvements, et la France, portée par un championnat à domicile, s'impose comme la première nation du continent.
Pour un compétiteur qui vise les prochains championnats internationaux, le message est simple : le niveau requis augmente d'une édition à l'autre, et il augmente sur les quatre mouvements à la fois. Se préparer à ce niveau suppose une programmation qui traite le total comme un ensemble. C'est la logique de nos programmes d'entraînement de street lifting. Pour situer ces totaux par rapport aux meilleures performances jamais réalisées, consultez nos records du total en street lifting, et pour découvrir la discipline, notre guide complet du street lifting.
